Provinces de Xinjiang et Qinghai
La Chine commence par un séjour agréable dans la ville de Kasghar. L'auberge de jeunesse est une petite ville en soi, on peut tchatcher autour d'une bonne bière avec des femmes émancipées (ouf !), rencontrer des voyageurs du monde entier, bref on se sent vite "en famille". C'est aussi une vraie tanière à cyclistes ou les échanges d'info vont bon train. On découvre à notre grand bonheur que la Chine est un pays pas cher (ben ouai, toujours bon à prendre). Très amusant de voir toutes les babioles Made-in-China bon marché dans leur "habitat naturel". On a du mal à quitter Kasghar mais, après une remise en forme obligatoire de nos bécanes (réapprovisionnement matos par Max), on finit par s'y arracher avec dans nos roues un cycliste australien. Direction Pakistan, car notre coeur penche toujours pour l'itinéraire Pakistan-Inde-Népal-Bengladesh. Seulement on se fait à l'idée que ce concept dernier-cri est techniquement difficile : attentes pour visas, dépenses déplacées d'argent, moussons sur la tronche...C'est devant la frontière pakistanaise que l'on prend notre décision définitive de snober l'Himalaya, en préférant la traversée du désert du Taklamakan, en pleine Chine continentale. Le désert sera une mauvaise passe on le sait, mais c'est le prix à payer pour être "puriste" (éviter tout vehicules). Le fameux lac de Karakol nous met l'eau à la bouche, difficile de quitter de si belles montagnes pour un désert surtout quand un vent de face puissant saque notre plaisir de redescendre les 2000m qu'on vient de se taper. Retour à la case départ.
Nouveau départ de Kasghar et cette fois pour un mois qu'on aurait pas imaginé si long (près de 3400 km). Max goûte aux plaisirs des premiers kilomètres douloureux, gerçures au cul oblige. Le changement de partenaire est une métamorphose du voyage. Les débats sont fertiles, les discussions ne tournent pas encore en rond (sauf celles des gonzesses bien sûr), malgré le manque d'un Science-Po pour étayer les débats (l'interessé se reconnaîtra ;). Le désert est monotone à mourir, chaud mais plat. Carnaval de "journées entourées", celles de plus de 140 km qu'on entoure sur notre liste écrite des étapes. Les pensées philo sur vélo ne sont pas possibles dans le desert : le paysage est trop hostile pour s'évader. Alors c'est la déprime devant l'horizon vide. On en arrive même à faire de la lecture-sur-vélo sans peur de s'écarter de la route rectiligne ! Sinon dans les mauvais jours pour se divertir on peut toujours décompter les bornes... Le but est en fait d'arriver "quelque part" au moment de la pause midi ou pour la nuit. Même une antenne suffit pour combler notre manque de présence humaine. L'accumulation des jours se ressent, la fatigue s'installe et les jours passent. Pas que les jours d'ailleurs, les années aussi. Nos deux annifs respectifs (6 et 9 juillet) s'écoulent ni vu ni connu : un bon vieux dodo à 9h du soir comme il se doit.
La traversée est pauvre en rencontre, car l'accueil n'est pas réellement présente dans l'âme chinoise. Dans les villes pas trop "colonisées" par les chinois, si on veut titiller l'invite, on se dirige vers les Ouïgours (habitants de la province du Xinjiang), plus chaleureux. La valeur sûre bien entendu c'est le petit chapeau musulman. Mais nos manques de rencontres tient surtout au fait qu'on éprouve des difficultés à communiquer. La langue est complètement étrangère et aucun mot n'ont les mêmes sonorités, ni même les internationaux "hôtel", "vélo" ou "internet". Rien n'est en commun d'ailleurs : manger à la baguette bien sûr, les signes de main pour chiffrer, le mime "manger" ou "dormir". Il nous est arrivé de recevoir un élastique lorsqu'on demandait les toilettes (énigme encore non résolue), ou de nous apporter une pompe à vélo lorsqu'on demandait le nom du village (en pointant le doigt de façon repetée vers le sol). Différences culturelles qui sont souvent sources d'incompréhensions, comme par exemple lorsqu'un restaurateur s'est énervé sur nous pour avoir mis des chaussettes (propres) sur la table, alors que les cacas à côté des chiottes paraissent aisément tolerés...Oui, les Chinois ne sont pas les plus propres (y a qu'a voir la manière de gober leurs pâtes), les déchets sont jetés à terre en toutes circonstances y compris dans les restaurants (système qu'on trouve interressant cela dit en passant, à condition que le sol soit lavé par après), enfin ce sont nos premières impressions des Chinois mais il faut préciser qu'on a frequenté le milieu des cammioneurs du désert qui ne sont pas experts en propreté. Les autres rencontres sont les quelques cyclistes chinois, en route vers Lhassa qui semble toujours drainer autant de pèlerins.
Quand on croit avoir fini avec ce foutu désert, on déboule sur un large plateau plus élevé mais tout aussi désertique. Le soleil tape encore plus dure, le vent est soit ami soit ennemi (comment peut-il tourner de 180 degré en quelques heures ?). Tourbillons et sable en mouvement, autant dire qu'on comprend mieux l'intérêt des yeux bridés ici (voilà un exemple parmi les centaines de bêtes réflexions sur la selle...). Le vent se met définitivement à souffler de face, mais le but reste de "killer du kil" pour sortir du cagnard, alors on inaugure les "by night". Levés à 2h du mat'. Le début est plutôt facile car on tourne à l'adrénaline, mais c'est à l'aube que ça devient moins drôle. Les millions de moustiques rendent les arrêts impossibles (en journée aussi). Difficulté supplémentaire qui paraît anodine mais c'est un véritable test des nerfs ! L'arrivée à la ville de Germu est rendue plus sympathique par l'accueil d'un groupe de break-dancers que l'on appelle "new generation" (moins classique, moins kitsch et plus ouverts).
Enfin, on entre au Tibet : encore une region "qui n'est pas la vraie Chine" comme on l'entend souvent. Les plateaux tibétains valent le coup, même s'ils sont exigeants. Dix cols entre 4400 et 4800m et une paire de col (≠ paire de couille) intermédiaires sur 600 km aura été notre baptême d'entrée. L'altimètre naturel de Mak (mal d'altitude) laisse deviner les hauteurs. L'équipement pluie - dont on s'interrogait sur sa nécessité dans le desert - est de sortie. L'espace est très sauvage : antilopes, mulots, hibou, marmottes, yaks et aigles à la pelle... On goûte à plusieurs accueils tibétains, réchauffés par le poële qui carbure aux crottes de yaks. Beau contraste pour nous qui fuyions la chaleur. Il n'y a pas de doute, on est bien au Tibet légendaire : chaque col est marqué par un Chörten ; des moines jaunes-rouges, des femmes en costumes traditionnels, des enfants habillés un peu à l'arrache s'agglutinnent autour de nous. Quelques villes affreuses nous rappellent la présence chinoise. La piste ne semble jamais finir et les averses rythment nos avancées. Enfin, on gagne la ville de Yushu où l'on programme de bonnes orgies de bouffe, une bonne lessive et la visite de monastères peinards. Une statue de bronze au milieu de centaines de tentes, est-ce bien le centre-ville ? On apprend vite le malheur local et le tremblement de terre meurtrier de l'an passé dont le bilan est de 2000 morts, 12.000 blessés, et une ville complètement rasée. De quoi alimenter la fièvre de la construction chinoise, qui se donne jours et nuits dans cette ville aux allures de camp de réfugiés..
Départ ce matin pour la province du Sichuan !
(suite de la Chine : cliquez sur l'onglet de droite en dessous des photos)














































